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Jeudi 22 Fevrier 2018 - Par financenews

ONCF : Rabie Khlie sur un siège éjectable

Par David William, directeur des rédactions


 

A l’Office national des chemins de fer, les responsables ont certainement perdu le sommeil depuis samedi dernier. Jour dramatique qui a vu six personnes perdre la vie et 14 autres blessées, dans un accident ferroviaire survenu à un passage à niveau gardé à proximité de l'arrondissement Beni Makada, entre un train de marchandises reliant Tanger au port Tanger Med et un véhicule de transport de personnel.

Bien évidemment, en pareilles circonstances, les interrogations fusent. Ce passage à niveau était-il sécurisé et aux normes ? Y a-t-il eu des défaillances techniques ? Y a-t-il eu un comportement imprudent de la part du conducteur ? C’est l’enquête en cours qui permettra de répondre à ces interrogations. Une enquête qui sera approfondie, d’autant que la gravité de cet accident a poussé le Roi à donner des instructions fermes dans ce sens. Le Souverain a ainsi ordonné la création d'une commission conjointe entre les ministères de l’Intérieur et de l’Equipement et du Transport pour mener une enquête administrative globale. Il s’agira de déterminer toutes les circonstances de l’accident et prendre les mesures légales et administratives nécessaires contre quiconque aurait failli à sa mission.

Cette commission procédera de même à une révision globale et un examen complet de toutes les mesures relatives à la sécurité des passages à niveau.

Dans la foulée, le procureur du Roi près le Tribunal de première instance (TPI) de Tanger a également annoncé que le parquet a donné des instructions fermes à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) en vue de mener une enquête, judiciaire cette fois-ci, pour déterminer les causes et les circonstances de cet accident, y compris le degré de garantie des conditions de sécurité requises dans les passages à niveau. Bref, c’est dire qu’il n’y a pas d’échappatoire possible. La vérité éclatera forcément.

S’il y a eu des manquements au niveau de l’ONCF, les sanctions vont tomber, avec le risque de double peine : administrative et pénale.

Est-ce la raison pour laquelle les responsables de l’Office se sont empressés de publier, quelques heures après ce drame, un communiqué laconique dans lequel ils avaient tout l’air de se dédouaner ? Voire même de se soustraire de leurs responsabilités en imputant pratiquement la faute de l’accident au minibus, alors qu’aucune enquête n’avait été menée.

«Le 17 février 2018, vers 5H15, le train de marchandises n°3252 s’est arrêté d’urgence après avoir percuté un minibus de transport qui s’est trouvé immobilisé au milieu du passage à niveau n°12001 situé entre Dalia et Melloussa (…). L’ONCF (…) appelle à nouveau à la prudence et au respect de la signalisation routière aux abords des passages à niveau», dit le communiqué. Un communiqué soit mal formulé, soit maladroit, mais qui est plein de sous-entendus.

Car le commun des mortels qui lit ces lignes pourrait facilement déduire qu’il y a eu non respect de la signalisation et que le minibus s’est retrouvé immobilisé au beau milieu de la voie. Ce qui est d’ailleurs en contradiction avec les premiers témoignages diffusés sur les réseaux sociaux, qui disent que le passage à niveau n’était pas gardé et que les barrières n’ont pas fonctionné.

Mais, en la circonstance, seule l’enquête officielle fera foi. L’ONCF aurait-il néanmoins quelque chose à cacher ? Car une autre vidéo circule sur le Net montrant, juste après l’accident, un individu descendant d’un véhicule estampillé ONCF tentant d’installer un panneau de signalisation de passage à niveau. Des témoins, en colère, s’y sont interposés. Scandaleux. Cela ressemble fort à une tentative vaine et scandaleuse de se défausser.

Sauf que dans ce Maroc d’aujourd’hui, personne ne peut se soustraire de ses responsabilités. Encore plus quand des familles se retrouvent, du jour au lendemain, endeuillées.

Le patron de l’Office, Mohamed Rabie Khlie, doit-il alors craindre pour son fauteuil ? Evidemment oui. D’autant que le Roi avait donné, le 21 mai 2012, ses instructions fermes aux services concernés afin d’assurer toutes les conditions de sécurité pour garantir la circulation sur l’ensemble des passages à niveau à travers le Royaume. Pour ce chantier pour lequel 1,5 Md de DH ont été mobilisés, l’ONCF avait d’ailleurs, en juillet 2017, dressé un bilan plutôt flatteur : la suppression de 170 passages à niveau sur 180 prévus et leur remplacement par des ouvrages de franchissement; l’équipement de 205 passages à niveau non gardés sur les 260 prévus avec un système de fermeture automatique des barrières; la construction de plus de 960 km de clôture sur un linéaire de 1.200 km programmé; et la construction de 15 passerelles pour piétons sur 55 prévues, le reste (40) étant en cours de construction.

Ces mesures n’ont visiblement pas suffi. Malheureusement. ■

 

 

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