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Vendredi 08 Juin 2018 - Par Finances News

Boycott : stop au silence complice !

 

La campagne de boycott a fait de la casse dans le gouvernement. Lahcen Daoudi en est visiblement la première victime directe. Pour avoir participé à un sit-in organisé devant le Parlement par des salariés de Centrale Danone, l'une des entreprises visées par le boycott, le ministre des Affaires générales et de la Gouvernance a dû présenter, mercredi soir, sa démission au secrétariat général du PJD, lequel «a pris acte» de cette demande.

Cette démission témoigne, tant s’en faut, de la gestion désastreuse par le gouvernement de ce mouvement né sur les réseaux sociaux, timide à ses débuts, mais qui a fini par avoir une résonnance nationale. Entre les déclarations intempestives, maladroites, parfois même irréfléchies des uns et des autres, les ministres de la majorité ont fini par donner une certaine légitimité à ce boycott en exacerbant cette frustration sociale ambiante. D’un épiphénomène courant sur les réseaux sociaux, le gouvernement, parce qu’il l’aura mal apprécié, se retrouve aujourd’hui contraint de gérer une crise économique et sociale majeure. N’ayons pas peur des mots, car c’est bien de cela dont il s’agit.

Cause-t-on seulement du tort aux entreprises ciblées par ce boycott ? A l’évidence non. Car ces entreprises qui commercialisent les marques Centrale, Afriquia et Sidi Ali font partie de tout un écosystème qui fédère des milliers de salariés et génère des revenus dont dépendent des dizaines de milliers de ménages. A des degrés différents, ils subissent actuellement les conséquences financières de ce boycott, lequel balise les voies du chômage et de la précarité pour des milliers de citoyens. Le gouvernement a déjà prévenu sur ses conséquences désastreuses pour l’économie.

Mais ce mouvement, savamment entretenu, semble imperméable à ces arguments.

Si tant est que le boycott visait uniquement à protester contre la vie chère, comme on l’a laissé entendre, le message est passé. Il a atteint largement ses objectifs. «Se battre pour une cause juste est déjà une victoire», dit-on. Ne pas déposer les armes après avoir obtenu gain de cause pourrait toutefois porter à croire que, finalement, ce mouvement de boycott a des desseins inavoués que n’ont peut-être pas clairement perçus ceux qui s’y inscrivent. Et, dès lors, sa légitimité doit être remise en question, surtout au regard de ses implications socioéconomiques. Elle doit aussi être dénoncée.

Il appartient évidemment à ceux qui ont la chance d’être audibles dans ce pays (et la presse en fait partie) de sortir de leur mutisme à un moment donné. Au-delà de toute approche démagogique.

Histoire de ne pas être complices de ce qui ressemble de plus en plus à une injustice. Une injustice dont ne sont pas seulement victimes ces trois entreprises, mais des pans entiers de l’économie. Et en faire les malheureuses victimes de la lutte pour améliorer le pouvoir le d’achat des ménages, c’est avoir une approche partiale, partielle et bien microscopique de la chose économique. C’est également leur faire endosser de façon inique le rôle qui échoit légitimement au gouvernement, lequel, rappelons le, a la main sur ce qui peut justement influer sur le pouvoir d’achat, notamment la TVA, la taxe intérieure de consommation (TIC)…

Sachons nous reprendre : le Maroc d’aujourd’hui ne peut s’autoriser une sorte de «guerre froide» entre ceux qui sont aux responsabilités et les élites de ce pays, d’une part, et le reste de la collectivité, d’autre part. Si la réussite économique du Royaume a franchi les frontières nationales, c’est parce que le peuple, uni derrière son Souverain, a toujours su faire preuve d’intelligence sociale. Faisons alors appel à cette intelligence sociale pour veiller aux intérêts politiques, économiques et sociaux de la nation. Et n’oublions pas que, juste à côté, nos ennemis nous regardent. D’un mauvais oeil. ■

 

 

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