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Lundi 07 Aout 2017 - Par financenews

Transformation digitale : les professionnels en ordre de bataille

 

Entretien avec Saloua Karkri-Belekziz (photo), présidente de l’APEBI (Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring).

 

 

Finances News Hebdo : Bien qu’il soit un véritable levier de croissance économique, le digital n’est pas encore bien ancré dans la culture des Marocains. A votre avis et en tant que présidente de l’APEBI, quels sont les moyens à mettre en place pour élargir davantage le cercle des utilisateurs du digital ?                    

 

Karkri-Belkeziz Saloua : Le numérique peut en effet accélérer le développement du secteur public dans des activités critiques comme le transport, la santé, l’éducation ou encore le service aux citoyens, il faut en être conscient, s’y préparer et se donner les moyens pour réussir. Car la transformation digitale qui n’attendra personne, est un réel challenge pour le secteur public, l’entreprise et le citoyen.

Nous avons une réelle opportunité de faire la différence avec la stratégie nationale Maroc Numeric 2020 qui est un facteur de succès déterminant.

Un des objectifs stratégiques du Plan Maroc Numeric (PMN) 2020 est l’accélération de la transformation numérique du Maroc en s’appuyant sur le volet e-Gov, avec une vingtaine de projets structurels, dont 80% ont pour vocation une transformation profonde des processus administratifs.

Il y a aussi la résorption de la fracture numérique, car il s’agit de réduire de moitié la proportion de Marocains qui n’ont pas accès à Internet et de porter à 20 % le taux de PME équipées d’une connexion.

La transformation digitale touchera les secteurs critiques de l’économie nationale, que sont la logistique portuaire, la gestion urbaine, la santé et le commerce, ainsi que les PME. Ainsi, le déploiement de la stratégie, l’opérationnalisation des chantiers et la diffusion de l’usage des services numériques seront déterminants pour faire entrer le Maroc dans l’économie digitale.         

 

F. N. H. : Il y a quelques mois, vous avez laissé entendre que la mise en place de l’Agence nationale pour le développement numérique est une nécessité. Pouvez-vous nous dire quels sont les enjeux liés à la création de cette agence ?

 

K-B. S. : Nous nous sommes en effet réjouis de l’annonce de la création de l’agence, car c’est la concrétisation d’une longue attente exprimée depuis longtemps par les professionnels.

Dans le cadre des «Propositions APEBI pour l’économie numérique», nous avons très tôt prôné la nécessité de l’existence d’une instance de gouvernance autonome, dotée de moyens humains et financiers suffisants pour garantir le déploiement des différents projets inclus dans la stratégie Maroc Digital 2020.

Après une période de manque de visibilité quant à sa constitution, nous sommes plus confiants, car les dernières semaines ont été déterminantes pour la création de cette entité pour laquelle les professionnels du secteur ont beaucoup d’attentes.

En effet, l’agence aura la responsabilité de coordonner les actions entre les différents ministères et remplacera aussi le Conseil national des TIC qui avait été mis en place dans le cadre de Maroc Numeric 2013. Voilà un point focal qui manquait à notre secteur.

Il s’agira donc d’assurer rapidement le suivi et la pérennité des projets lancés. Ainsi, les professionnels auront un interlocuteur indépendant et neutre chargé de recevoir leurs doléances et leurs attentes avec les preneurs de décisions publics. L’agence aura un avis consultatif que tout ministère devra consulter avant de lancer un quelconque projet ayant un impact sur les populations. Elle aura également à proposer des textes de loi pour faire avancer le secteur.

Enfin, son rôle sera de mettre en œuvre la stratégie en coordonnant et fluidifiant le déroulement des projets. Par contre, il sera du ressort du secteur privé d’en développer les activités, d’où une complémentarité exemplaire fruit d’un partenariat public-privé qui fonctionne.

Actuellement, le projet de loi de création de l’agence est en discussion auprès de la Chambre des conseillers, après avoir été enrichi et adopté par la Chambre des représentants (le projet de loi a été voté par les deux Chambres la semaine dernière ndlr). L’APEBI a aussi demandé à lui confier un rôle d’arbitrage.

 

 

F. N. H. : Aussi, dans quelle mesure le plan Maroc Digital 2020 se veut plus ambitieux et comment se démarque-t-il de celui de Maroc Numeric 2013 ?

 

K-B. S. : Maroc Numeric 2013 a eu le mérite d’exister et de poser les bases de la stratégie marocaine en matière de nouvelles technologies. La gouvernance a fait défaut à la première mouture du plan et les professionnels ainsi que le partenaire public ont tiré les apprentissages de cette expérience.

C’est ainsi que Maroc Digital 2020 permettra de faire entrer le Maroc dans le monde du digital, et ce à travers plusieurs piliers, à savoir la dématérialisation, la transparence de l’information, la recherche et la transformation numérique de la PME-PMI qui, au lieu d’investir dans le matériel informatique, optera éventuellement pour des solutions cloud beaucoup plus viables.

 

F. N. H. : Comment s’est soldée l’année 2016 pour le secteur des nouvelles technologies et quelles sont vos perspectives pour 2017, un exercice marqué par le retard du vote de la Loi de Finances avec tout ce que cela implique comme blocage au niveau des marchés publics ?

 

K-B. S. : L’année 2016 a été tendue pour notre secteur et cette tendance s’est accentuée sur 2017 avec le retard de formation du gouvernement et la Loi de Finances. Très peu d’appels d’offres publics ont été enregistrés et cela a eu (et continue à avoir) un impact direct sur la productivité des entreprises du secteur.

 

F. N. H. : Aujourd’hui, le continent africain est une niche à explorer pour l’ensemble des opérateurs marocains. Qu’en est-il pour l’APEBI, ou plus précisément comment se dessine la coopération Sud-Sud dans un secteur tel que celui des nouvelles technologies ?

 

K-B. S. : L’APEBI est active et ambitieuse sur le continent africain et je peux vous assurer que nous avons les moyens d’y arriver, car les entreprises marocaines de l’IT ont un réel savoir-faire et sauront se distinguer.

Nous comptons des success stories, mais nous devons aller plus loin. L’Afrique, notre continent, recèle un potentiel non négligeable avec des niches de croissance encore non explorées. Et ce n’est pas par hasard que le dernier discours de Sa Majesté le Roi du 20 août place l’Afrique au centre des intérêts du Maroc et le Maroc au centre des intérêts de l’Afrique.

D’ailleurs, lors de l’édition 2016 de l’AITEX (African IT Expo), salon international organisé par l’APEBI, un accord de partenariat a été signé entre les groupements d’opérateurs technologiques du Maroc et de Côte d’Ivoire pour la création d’une pépinière d’entreprises IT sur le modèle du Technopark de Casablanca.

Abidjan va s’inspirer de Casablanca pour offrir aux jeunes entrepreneurs et start-up des techno-centres pour réaliser des innovations et lancer leur business.

Dans le même esprit, des groupes d’impulsion économique existent avec certains pays (dont le Sénégal et la Côte d’Ivoire) et plusieurs entreprises du secteur (dont Gfi Maroc que je préside) sont très actives sur ces 2 pays. Nous nous devons d’accroître les échanges et expériences IT avec ces pays.

 

F. N. H. : Quels sont les projets de l’APEBI pour 2018 ?

 

K-B. S. : Avant 2018, il faut parler de l’édition 2017 de l’AITEX. Prévue pour se tenir à Casablanca du 27 au 29 septembre prochain sous le thème «l’Innovation au service des organisations», cette 2e édition a pour objectif d’offrir aux donneurs d’ordre une plateforme globale de services et produits du secteur IT en Afrique ainsi que promouvoir et favoriser le développement du secteur et les solutions innovantes du secteur à l’échelle continentale.

Cette année, nous avons choisi de mettre le Cameroun et le Nigéria à l’honneur. L’IT dans notre pays et dans le monde est en constante évolution et en tant que fédération représentative du secteur sous toutes ses composantes, nous nous devions d’offrir une plateforme d’échange entre et avec les professionnels de tous bords.

Nous avons pâti d’un manque de visibilité sur les marchés internationaux et régionaux et c’est cette raison qui a motivé ce challenge de taille : organiser un salon international des technologies de l’information.

Quant à 2018, les instances de l’APEBI se renouvelleront en janvier de l’année prochaine et il s’agira de choisir un nouveau bureau pour un nouveau mandat de deux années, pour accompagner la mise en œuvre de la dernière phase de la stratégie 2020.

 

 

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