Inscrivez-vous à Notre NewsLetter


×

Développement du tissu entrepreneurial : L’Etat plein de bonnes intentions

Lundi 08 Octobre 2018 - Par Finances News

 

- La première l'université d’été de la CGEM a été un moment de vérité à la fois pour les opérateurs privés et les responsables publics.

- L’Etat se dit déterminé à promouvoir l’essor du secteur privé.

 

 

Les relations entre les secteurs public et privé ne sont pas toujours au beau fixe. D’où l’intérêt de multiplier les espaces de débat pour une meilleure compréhension mutuelle, gage de confiance. Faudrait-il le rappeler, il subsiste au Maroc une certaine méfiance entre les acteurs des deux sphères. Ce qui n’est pas sans conséquence sur le niveau de développement économique et social du pays.

Consciente de la nécessité de bâtir un partenariat gagnant-gagnant avec l’Etat, locomotive de l’investissement et qui a une responsabilité majeure en matière d’orientation économique, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a organisé récemment ses premières universités d’été dont la force réside dans la pertinence des thématiques, l’envergure et la diversité des intervenants (Chef de gouvernement, ministres, chefs d’entreprises, etc.). Il ne serait pas excessif de dire que cet événement a été un espace privilégié au sein duquel le langage de vérité a prévalu.

Entrepreneurs et responsables publics ont exprimé leurs convictions profondes, sans filtre. L’implémentation de la régionalisation avancée, censée faire émerger des pôles régionaux de compétitivité, a été au cœur des débats. Pour cause, les entreprises, l’Etat et les collectivités locales sont les acteurs majeurs de ce chantier public, dont le démarrage ne s’est pas fait sans couacs.

«Il faut d’abord commencer à appliquer la loi», suggère Nizar Baraka, président du Conseil économique social et environnemental (CESE), qui s’est réjoui du fait que les recommandations portant sur le développement des provinces du Sud soient prises en compte par le Souverain. «Ce rapport qui prend en compte la spécificité de la région, est l’émanation d’une démarche participative», se félicite-t-il.

 

L’appel du pied de la CDG  au secteur privé

«Nous investissons dans des zones où le privé est parfois absent», rappelle de son côté Abdellatif Zaghnoun, patron de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), qui n’a pas manqué de souligner la vocation de l’institution publique en termes d’investissements dans les infrastructures, avec l’objectif d’attirer les investissements, notamment privés. Notons que la CDG qui a investi près de 10 Mds de DH en 2017, compte bien accompagner le processus d’implémentation de la régionalisation avancée et la transition énergétique du Royaume, avec la mise en place du Plan horizon 2022.

Le premier investisseur dans le secteur touristique du Maroc qui a investi près de 2 Mds de DH dans la station balnéaire de Saidia, ambitionne d’être plus proche du secteur privé en prenant des participations minoritaires dans les entreprises. «La CDG est disposée à engager un dialogue responsable avec les opérateurs privés sur les projets de qualité et rentables», précise Zaghnoun.

Toujours dans l’optique de promouvoir la dynamique du développement régional, la cheville ouvrière de l’Etat en matière d’investissement a noué un partenariat avec la région de Marrakech-Safi qui s’est vu proposer une offre intégrée en matière de réalisation de projets.

 

La région de l’Oriental, un cas d’école

Lors du panel «Territoires : leviers de croissance partagée», la région de l’Oriental, dont Noureddine Bachiri, président de CGEM Oriental, s’est fait le porte-voix, a servi d’exemple concret qui devrait inciter les opérateurs publics et privés à une meilleure concertation pour le développement des vocations de chaque territoire. «Depuis 2003, plus de 90 Mds de DH ont été investis dans notre région sans résultats probants sous l’angle de l’attractivité. En dépit de l’existence d’infrastructures de qualité (routes, autoroutes, aéroport, etc.), la zone industrielle demeure toujours vierge», regrette l’homme d’affaires, qui s’est évertué à donner une explication à cette situation défavorable pour l’économie régionale. «Du fait de l’éloignement, le surcoût du transport des entrants qui arrivent de Casablanca et l’activité exportatrice qui s’effectue au Port Tanger Med, sont de nature à refroidir les investisseurs», confie Bachiri.

 

Benchaâboun n’est pas venu les mains vides

L’intervention de Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, traduit quelque part, le dessein de l’Etat d’être un acteur clef pour l’amélioration du climat des affaires, gage de croissance inclusive. Pour cela, l’Etat doit regagner la confiance des patrons, et définitivement abandonner certaines pratiques.

«L’Etat s’engage à apurer la totalité des arriérés de crédit TVA, tout en apportant des solutions concrètes à la problématique des délais de paiement fournisseur des administrations et entreprises publiques», promet le nouvel argentier du Royaume, qui du fait de sa longue carrière de banquier est un fin connaisseur des difficultés d’accès des PME au financement.

«Les grandes entreprises se financent facilement auprès des banques. Ce qui n’est pas le cas des TPE et PME qui se caractérisent par la sous-capitalisation et une structure bilancielle qui gagnerait à être améliorée», affirme le ministre de l’Economie et des Finances, déterminé à apporter des solutions en la matière.

Benchaâboun va jusqu’à faire la recommandation de mettre en place un Small Business Act pour la PME marocaine. Pour rappel, 90% des PME au Maroc sont sous-capitalisées. «Pour remédier à cette situation, il est judicieux de mettre en place un système de quasi fonds propres avec un financement approprié», recommande-t-il.

Les propositions de l’ex-patron de la Banque Centrale Populaire (BCP) vont également dans le sens de la réduction des garanties proposées par la CCG. L’objectif est de passer de 12 à 2, qui concerneront la trésorerie et l’investissement. «Le taux de garantie de la CCG sera amélioré pour les entreprises qui vont déployer plus d’efforts en matière de gouvernance», révèle-t-il.

Enfin, l’autre annonce de taille émanant de l’argentier du Royaume a été le relèvement du plafond de financement des associations de microcrédit fixé pour l’heure à 50.000 dirhams. Cette initiative devrait déboucher sur un financement optimal de la TPE.

 

Sortir de la sinistrose ambiante

Si Saad Eddine El Othmani, Chef du gouvernement, a rappelé la détermination de l’Exécutif d’accélérer le processus de développement économique, dont le tissu entrepreneurial est un acteur de premier plan, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, a lui farouchement défendu le bilan du Plan d’accélération industrielle. Aux sceptiques de l’amélioration du taux d’intégration de l’industrie automobile, MHE rétorque : «Les chiffres sont là et traduisent la montée en puissance de la branche l’automobile, premier poste des exportations». Et de rappeler que le taux d’intégration qui tourne aujourd’hui autour de 60% passera à 85% avec l’ouverture de l’usine de PSA à Kénitra, tandis qu’entre 2016 et 2018, 49 écosystèmes performants ont été mis en place et 960 unités industrielles ont été créées.

Usant à la fois de sa casquette de businessman chevronné et de membre de l’Exécutif, le ministre a fait une requête à son homologue des Finances. «Les opérateurs réclament la réduction de la pression fiscale, mais cela doit s’accompagner avec l’accroissement de l’assiette fiscale. Ce qui permettra d’éviter la réduction des recettes publiques», martèle-t-il, tout en exhortant les patrons d’entreprises à jouer le jeu et d’aller de l’avant.

«Il est temps de sortir de la sinistrose ambiante. Certes, dans bien des domaines des problèmes existent mais tout ne va pas mal dans notre pays», estime-t-il. D’ailleurs, MHE prend à témoin les investisseurs étrangers pour conforter l’attractivité du Royaume. «Les opérateurs issus d’autres pays se bousculent pour investir au Maroc. Et pourtant, ils ne sont pas privilégiés par rapport aux Marocains», clame-t-il.  ■

 

A.E

 

Economie
Partage RéSEAUX SOCIAUX