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Flexibilité du DH : «Il sera important que le Maroc contrôle ses déficits»

Lundi 29 Janvier 2018 - Par Finances News

 

Stéphane Colliac (à gauche) et Hicham Bensaid Alaoui, respectivement économiste senior et directeur des risques, de l’information, des sinistres et du recouvrement à Euler Hermes, nous livrent leur analyse sur les conséquences induites par la réforme du régime de change.

 

 

Finances News Hebdo : Dans vos analyses sur la flexibilité du régime de change dans un pays comme le Maroc, quels sont les garde-fous à mettre en place pour que la migration se déroule dans les meilleures conditions ? Comparativement à d’autres pays de la région, notamment l’Egypte et la Turquie, quels sont les enseignements à tirer ?

 

Stéphane Colliac : La flexibilité du régime de change peut paradoxalement poser davantage de problèmes lorsque tout va bien. A ce moment, le taux de change a tendance à s’apprécier à mesure que le pays attire des capitaux.

C’est le cas lorsqu’un déficit de financement local contraint à avoir recours à trop de prêts de l’extérieur, comme cela a été précisément le cas de la Turquie il y a quelques années.

Il sera donc important que le Maroc contrôle ses déficits, extérieur et public, afin d’attirer le bon financement : plutôt celui qui fait construire des usines et des routes, que celui dont la logique dominante est financière.

Les réformes structurelles sont donc d’une importance majeure. Les pays dont le potentiel de croissance ne progresse pas sont, in fine, ceux dont les taux de change se déprécient le plus.

 

 

F.N.H. : L’entrée en vigueur de la flexibilité du régime de change se traduira par de nouveaux risques. Au-delà des risques traditionnels, quels sont les nouveaux risques de change auxquels seront exposés les agents économiques ?

 

S. C. : Il faut savoir que le taux de change du Dirham était fixe contre un panier qui ne comporte que le Dollar et l’Euro. Les exportateurs marocains ont donc déjà eu à subir des pertes de change lorsqu’ils exportaient vers d’autres pays, comme l’Inde ou le Nigeria.

Avec l’élargissement de la bande de fluctuation du Dirham, au moins, ce sera bas les masques. Les opérateurs seront plus habitués à subir des fluctuations, et pas seulement vers les destinations les plus lointaines. Cela les conduira à utiliser les couvertures de change. A charge pour l’Office des changes d’éviter que ces couvertures ne soient le théâtre de prises de position trop spéculatives.

 

 

F.N.H. : Dans un premier temps, le taux de change du Dirham va fluctuer quotidiennement à l’intérieur d’une bande de 2,5%. D’après-vous, dans cette première phase aura-t-on recours (plus que d’habitude) aux instruments de couverture ?

 

S. C. : Nous nous attendons à ce que les opérateurs recourent davantage à des instruments de couverture, oui. Mais cette montée en charge devrait être progressive.

C’est lorsque le Dirham fluctuera vraiment que l’avantage à utiliser ces couvertures apparaîtra le plus pertinent pour ceux qui auront perdu à cette volatilité. Cela arrivera nécessairement.

 

 

Finances News Hebdo : Comment Euler Hermes, en tant que leader mondial des solutions d’assurance-crédit, accompagnera-t-il ses clients dans cette mutation ?

 

Hicham Bensaid Alaoui : En tant justement que leader mondial et national des solutions d’assurance-crédit, Euler Hermes a toujours accompagné ses clients et partenaires au titre de mutations majeures, qu’elles soient liées au changement de notation d’un pays, à une récession économique ou à une nouvelle politique de change.

De fait, le Groupe Euler Hermes ne manquera pas de supporter ses partenaires dans le cadre de cette mutation, et notamment au regard de certains de ses effets potentiels à court terme, dont la dévaluation éventuelle du Dirham.

Notre première contribution est donc liée à une vulgarisation, ou du moins une approche pédagogique dans l’explication des enjeux, parce que des zones d’ombre ou des incertitudes peuvent impacter les performances de certaines entreprises, autant, si ce n’est davantage, que la matérialisation stricto sensu d’une dévaluation du Dirham.

Nous avons également la chance d’être, au Maroc notamment, adossés à de très grandes banques de la place, qui sont extrêmement bien outillées et rompues aux exercices de couverture de change, ce qui nous permettra de répondre encore davantage aux attentes de nos partenaires.

 

 

F.N.H. : En dehors de l’assurance-crédit, quels sont les mécanismes mis en place par Euler Hermes pour les protéger contre les risques liés à la dépréciation du Dirham ?

 

H. B. A. : Du fait de notre qualité de leader mondial des solutions d’assurance crédit, nous sommes tenus de disposer d’une information fiable, pertinente et présentant une granularité suffisante, à même de permettre d’appréhender les impacts d’une dépréciation du Dirham, non de manière approximative et simpliste, mais en s’adaptant aux spécificités de chaque secteur, voire de chaque entreprise.

A ce titre, les mécanismes mis en place par Euler Hermes pour protéger nos partenaires contre les risques induits par la dépréciation du Dirham sont impérativement différenciés, car une perte de valeur du Dirham représenterait une opportunité intéressante, le cas échéant, pour les entreprises exportatrices, mais un coût supplémentaire pour les entreprises important substantiellement en devises étrangères ou pour celles endettées auprès de banques étrangères. C’est cette approche différenciée et adaptée aux contingences que nos partenaires exigent de notre Groupe, et qui nous permettra de répondre au mieux à leurs attentes et appréhensions. ■

 

 

Propos recueillis par Soubha Es-siari

 

 

 

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