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Assurances : «La Fraude est devenue une quasi industrie»

Lundi 11 Juin 2018 - Par Finances News

Philippe Rocard, PDG d'Axa Assurance Maroc


 

Sinistralité automobile, digitalisation, nouvelle réglementation prudentielle des assurances, chantiers prioritaires du secteur... : le PDG d’Axa Assurance Maroc, Philippe Rocard, revient sur les principaux défis auxquels sont confrontées les compagnies d’assurances.

 

 


A lire > Un dispositif anti fraude à l’assurance auto sera déployé au deuxième semestre 2018 


 

 

Finances News Hebdo : Axa Assurance Maroc a dépassé la barre des 4 milliards de DH de chiffre d’affaires en 2017. L’activité de la société a été marquée par un dynamisme de l’ensemble de ses réseaux de distribution, notamment en assurance Vie. Comment évaluez-vous l’activité pour l’année en cours ?

 

Philippe Rocard : En 2018, Axa poursuit sa dynamique de croissance avec un chiffre d’affaires tiré par un fort développement de l’assurance-vie épargne et par la croissance de la rentabilité dans la non-vie.

Ce développement est le fruit de nos différents réseaux : agents généraux, courtiers et partenaires, notamment bancaires.

Sur le plan de la sinistralité, il est trop tôt pour se prononcer. Cependant, certaines tendances observées l’année dernière, comme l’augmentation de la sinistralité automobile matérielle, se confirment en 2018.

 

 

F.N.H. : Justement, le secteur de l’assurance auto se caractérise aujourd’hui par une forte sinistralité. Une réflexion est engagée entre les assureurs marocains pour trouver une solution. Quelle lecture faites-vous de cette problématique ? Avez-vous de la visibilité concernant l’étude demandée par la profession à la FMSAR ?

 

Ph. R. : La sinistralité des accidents matériels est un phénomène de marché lié à de nombreuses causes. Citons-en quelques-unes. Par exemple, la densité de véhicules dans certaines villes est en forte augmentation, résultat de l’accroissement du parc observé ces dernières années (+11% par an du parc assuré en RC sur 10 ans). La présence de jeunes conducteurs en plus grand nombre est aussi constatée, alors que dans tous les pays du monde ceux-ci ont plus d’accidents.

De même, la simplification des démarches d’indemnisation par les assureurs ou l’aide fournie par les constateurs sont des phénomènes qui facilitent les déclarations de sinistres et in fine la croissance de leur nombre.

Quant à la fraude, celle-ci s’est aussi développée pour devenir une quasi industrie, certains assurés cumulant une cinquantaine d’accidents dans l’année auprès de l’ensemble des compagnies d’assurances de la place.

La FMSAR joue un rôle majeur que je tiens à souligner dans l’analyse des causes et la recherche de solutions par exemple pour la lutte contre la fraude.

 

 

F.N.H. : La nouvelle réglementation prudentielle des assurances (Solvabilité basée sur les risques) est prévue pour 2021. Comment vous y préparez-vous ? Et quel pourrait être l'impact sur votre politique de placement ?

 

Ph. R. : Le projet de nouvelle réglementation prudentielle des assurances, dite solvabilité basée sur les risques, est en discussion avec l’Autorité de contrôle.

Il s’agit d’un texte majeur qui, lorsqu’il sera adopté, définira à la fois les capitaux propres des compagnies d’assurances, leur gouvernance et les modalités de communication avec l’ACAPS et le public.

Le projet actuel, tel que nous l’avons reçu, s’inspire de Solvabilité 2, mais simplifie significativement ses modalités tout en les adaptant au contexte du Maroc.

De nombreux points sont encore à débattre comme la prise en compte des risques de marché sur les placements. L’approche Solvabilité 2 a ainsi conduit les assureurs européens à ne garder que quelques pour cent de leurs placements sous forme d’actions. Une transposition directe est bien sûr impossible.

Cette réglementation aura aussi potentiellement un impact sur certaines branches très déficitaires sur le marché qui seront pénalisées.

Pour Axa, nous vivons les 2 mondes en même temps. D’une part, les exigences de Solvabilité 2 européenne, et d’autre part la réglementation marocaine. Nous sommes donc très avancés dans la préparation de l’application éventuelle de ce texte.

 

 

F.N.H. : Les compagnies d'assurances marocaines entament le virage du digital. Selon-vous, sont-elles prêtes à accompagner cette révolution ? Au niveau d’Axa Assurance Maroc, quel bilan faites-vous des actions réalisées pour le digital jusqu’à présent ? Quelles sont les prochaines étapes ?

 

Ph. R. : Le digital est incontournable dans l’assurance. L’outil est comparable au téléphone il y a quelques dizaines d’années. Comme le téléphone, le digital est à inclure dans tous les processus. En assurance, son apport, dès aujourd’hui observable dans le monde, se situe principalement dans le service au client. Le digital va permettre aux clients d’avoir un accès simplifié et en temps réel aux éléments qui l’intéressent : où en est le traitement de son sinistre, le remboursement santé a-t-il été effectué, la prise en charge en clinique est-elle validée ? A toutes ces questions, le smartphone répondra en un clic.

Axa a ainsi lancé son application accessible sur smartphone, MyAXA, qui répond à ces questions et à bien d’autres comme quel est le montant à ce jour de l’épargne placée en assurance-vie …

Ces informations se transforment ensuite en acte de gestion réalisable par le client, par exemple un rachat en épargne qu’il sera possible de réaliser sur smartphone.

Tout ceci doit bien sûr être fait dans le strict respect de la confidentialité des données personnelles et de la sécurité des systèmes aux hackers. Axa investit des sommes importantes pour mettre en place les normes les plus sévères pour protéger les données de ses clients.

 

 

F.N.H. : Enfin, quels sont aujourd’hui les chantiers prioritaires pour le secteur des assurances au Maroc ?

 

Ph. R. : Les chantiers prioritaires pour le secteur de l’assurance sont ceux qui concernent de nouvelles «frontières», des territoires où l’assurance n’intervient pas aujourd’hui.

Parmi celles-ci, il convient de citer le lancement prochain de l’assurance Takaful afin d’accompagner la finance participative déjà lancée par les banques. Ce type d’assurance a connu des succès réels dans certains pays, notamment d’Asie.

De même, la création d’une assurance des catastrophes naturelles et technologiques requiert un investissement en temps et en informatique tout à fait significatif.

La construction et les nouvelles obligations définies par la réglementation sont aussi une opportunité pour les assureurs.

Avec la maîtrise au quotidien de la sinistralité automobile ou de celle de branches déficitaires comme la santé et l’accident du travail, vous voyez que le secteur de l’assurance a de nombreuses priorités. ■`

 

 

 

Propos recueillis par Y. Seddik

 

 

 

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